lundi 21 janvier 2008



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.J'ai honte pour les juifs...
L'immENTRETIEN EXCLUSIF
"L'Algérie devient un duplicata de la Tunisie"
Taoufik Ben Brik est empêché de présenter son dernier livre, "Je ne partirai pas", à Alger. Le journaliste et écrivain tunisien dénonce la solidarité qui prévaut entre les régimes arabes et affirme que "l'Algérie devient un duplicata de la Tunisie". Entretien exclusif.
Vous deviez tenir une conférence à Alger le 22 janvier. Pourquoi est-elle finalement annulée ?- La rencontre portait sur la sortie de mon nouveau livre, "Je ne partirai pas", qui vient de paraître en Algérie aux éditions Chihab. J'ai été invité par cette maison d'édition et le Centre culturel français d'Alger, qui organisait une rencontre pour promouvoir le livre maghrébin. Dimanche, Pierre Barrot, l'attaché culturel de l'ambassade de France en Algérie, m'a appelé pour me dire que la conférence était annulée. C'est la présidence algérienne qui a contacté l'ambassade pour empêcher ma venue. J'étais pourtant prêt à partir, j'avais mes billets.Est-ce le thème du livre qui posait problème ?- Il parle de ce Tunis qui n'existe plus et qui est devenu Manhattan. C'est un ouvrage humoristique et littéraire. Je n'ai d'ailleurs pas pu le publier en France, parce que les maisons d'édition le jugent trop littéraire.Comment expliquez-vous la décision de la présidence algérienne ?- Tout a commencé en 2000. Abdelaziz Bouteflika a déclaré qu'il n'était pas question que je me rende en Algérie. La présidence algérienne affirme que ma venue dans le pays constituerait un incident diplomatique. Je suis déjà interdit de séjour au Maroc, en Egypte et au Liban. La solidarité arabe entre les régimes prévaut. En interdisant mon allocution, l'Algérie devient un duplicata de la Tunisie. Par ailleurs, il y a eu, en plus d'une solidarité algéro-tunisienne, une solidarité franco-algérienne.En quoi gênez-vous les pays arabes ?- Je suis trop libre, je ne mâche pas mes mots. J'ai l'expression avant d'avoir la liberté. Un régime démocratique, on le critique, moi j'abhorre le gouvernement tunisien, qui est un régime despotique. Il a fait de mon pays une prison sans barreaux. Seriez-vous prêt à être moins virulent pour ne plus être rejeté ?- Je ne suis pas virulent. Je ne peux simplement pas ne pas être en colère. Comme je l'ai déjà dit dans Le Nouvel Observateur, je suis un parrain dans une prison sicilienne. Je suis incapable de quitter ce pays, même si je dois être sans le sou. Interview de Taoufik Ben Brik par Bérénice Rocfort-Giovanni(le lundi 21 janvier 2008)ense tragédie des Palestiniens de Gaza, l'enfer du blocus inhumain qui enferme dans un étau d'acier tout une population de civils, qui la prive de tout, jusqu'au courant électrique, au pain, aux médicaments, qui entraîne la mort d'enfants par faute de soins, restera pour tous les hommes et surtout pour tous les juifs, sauf pour ceux, bons et droits, qui se sont élevés contre cette barbarie, une honte indélébile. Comment peut-on ainsi meurtrir et broyer ses frères humains, sans la moindre pitié, sans se rappeler les souffrances de sa propre communauté, quand les vents étaient contraires, quand ils souffraient de la haine, de l'exclusion et des pogroms. Les juifs n'ont-ils donc gardé aucune mémoire de notre sollicitude et de notre fraternité, lorsqu' ils étaient persécutés par les chrétiens inquisiteurs, leurs "frères cadets", quand ils n'avaient d'autre choix que d'apostasier leur religion ou périr sur le bûcher, quand ils étaient réduits au rang de sous hommes et d'assassins du Christ? Ne savent-ils pas qu'ils ont été accueillis en frères sur toutes les terres d'islam, en Andalousie, dans l'empire ottoman, au Maghreb? Qu'ils ont trouvé à Dar El Islam le droit à la dignité, au respect dû aux gens du livre, à la sécurité, à la justice? Leur honneur, leurs biens et leurs personnes n'étaient-elles pas préservées? Ne vivaient-ils pas en notre sein, ne jouissaient-ils pas de notre fraternité et de notre considération?
Pourquoi aujourd'hui écrasent-ils nos frères palestiniens comme autant de vermisseaux? Sans la moindre commisération. Pourquoi les justes d'entre eux sont-ils si rares à se dresser contre cette barbarie?
Pourquoi cet occident qui se prétend le coeur de la civilisation et des droits de l'homme, si prompt à se mobiliser pour des causes bien moins horribles, mais qui ont toujours une accointance avec leurs sordides intérêts matériels, laisse-t-il se perpétrer une telle ignominie? Est ce parce que sa conscience collective le torture? Est-ce parce qu'il veut réparer le tort qu'il a commis contre le peuple juif? Sur le dos du petit peuple de Palestine?
Comment peut-on déployer contre des hommes de chair et de sang une si implacable furie, une telle injustice, une si atroce violence, et ne pas comprendre leur amertume, leur désillusion, leur désespoir, lorsqu'ils se ceignent de tonnerre pour se faire désintègrer au milieu d'autres innocents? Comment ne pas comprendre que ces hommes qu'une épine de rose peut cruellement blesser, qui sont délicats, aimants, sensibles au chant des oiseaux et à l'odeur du bon pain, dont les yeux se plissent de bonheur au babil de leurs petits, qui rêvent de liberté et d'amour, qui sont à l'image de tous les hommes, et qui pourtant n'ont plus que l'incertitude et l'oppression pour seuls horizons, comment ne pas comprendre cette rage qui laboure leur coeur et qui dévore leur monde barbelé, comment ne pas comprendre qu'ils en arrivent à vouloir tuer le monde entier?
Et pendant que ces pages noires de l'histoire de l'humanité s'écrivent dans le sang et les larmes, la vie de miel et de lait continue de s'écouler paisiblement pour tous ces juifs qui croient que c'est leur bon droit d'exterminer les cafards.
D.Benchenouf

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